Strange Fruit (1937) d’Abel Meeropol est un poème glauque, sinistre et mélancolique, qui témoigne de l’absurdité des pratiques de lynchage de personnes racisées dans l’Amérique postcoloniale; il est chanté ici par Billie Holiday. Comme l’évoque le poème, pour les détruire, les victimes de lynchage devaient être réduites à un statut d’objet. Ma réflexion sur les enjeux liés au racisme systémique et aux relations de pouvoir entre ethnies m’a menée à produire un objet de commémoration de ces victimes, sous forme d’urne-tête pouvant à la fois s’accrocher à une branche d’arbre, s’en décrocher ou se porter au corps. La corde destinée à servir d’abord d’outil de pendaison se transforme par la suite en ganse de bandoulière. Je vois dans cette transformation un geste de guérison symbolique par lequel je me charge de porter le poids d’une souffrance transgénérationnelle.